Quand le yen faible ne ramènera pas les usines au Japon
Alors que l'Abenomics et la faiblesse du yen nourrissent au Japon les discussions sur un retour de la production manufacturière nationale, l'économiste Tsukasa Jonen rappelle une vérité historique oubliée : les usines japonaises ne sont pas parties à l'étranger uniquement à cause de la force du yen après les accords du Plaza de 1985. Dès les années 1970, les entreprises nippones ont délocalisé leur production en Asie du Sud-Est pour contourner les barrières protectionnistes et apaiser les tensions locales, comme en témoignent les boycotts des produits japonais en Thaïlande en 1972 et les émeutes anti-japonaises de 1974 lors de la visite du Premier ministre Tanaka. Aujourd'hui, même avec un yen faible, les coûts de production au Japon restent structurellement élevés (main-d'œuvre, énergie, réglementation), et les chaînes d'approvisionnement intégrées en Asie rendent un rapatriement massif irréaliste. Pour les industriels japonais, l'enjeu n'est pas de rapatrier les usines, mais de diversifier leurs bases asiatiques et de monter en gamme. Pour le Japon, cela signifie que le déclin manufacturier intérieur ne s'inversera pas grâce à la devise, mais nécessitera des réformes structurelles profondes.