Au Myanmar, l'essor des terres rares finance la guerre et empoisonne les civils
Dans l'État Kachin, au nord du Myanmar, l'extraction de terres rares lourdes a explosé depuis le coup d'État de février 2021 : le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a recensé 370 sites miniers et 2 795 bassins de lessivage, soit une hausse de 194 % en cinq ans. Ces minerais — néodyme, dysprosium, terbium — sont essentiels aux aimants permanents des moteurs électriques, des éoliennes, de l'électronique et des systèmes militaires. La Chine domine le raffinage mondial et les États-Unis, qui ne couvraient encore que 42 % de leur demande en septembre 2026, cherchent des chaînes d'approvisionnement alternatives. Mais au Myanmar, l'argent de cette manne finance les groupes armés et les milices qui contrôlent les territoires, alimentant la guerre civile. Le lessivage in situ, pratiqué sans régulation suffisante, contamine l'eau et les sols des communautés locales. Pendant que Washington, Pékin et Moscou se disputent ces minéraux critiques, les habitants de Kachin — comme d'autres minorités — deviennent les premières victimes d'un sous-sol qui vaut plus cher que leur vie.